Samedi 5 Novembre 2011 
à 17h30
nous recevrons 
Pascal Quignard

à l'occasion de la parution de son roman
Les solidarités mystérieuses
(Editions Gallimard)




"Un jour elle m'expliqua que le passage, au bout d'un certain temps, soudain s'ouvrait, venait vers elle et c'est le lieu lui-même qui l'insérait en lui, la contenait d'un seul coup, venait la protéger, faisait tomber la solitude, venait la soigner. Son crâne se vidait dans le paysage. Il fallait alors accrocher les mauvaises pensées aux aspérités des roches, aux ronces, aux branches des arbres et elles y étaient alors retenues. Une fois qu'elle était complètement vide, le lieu s'étendait devant elle autant qu'il parvenait à s'étendre en elle. Les feuillages de développaient. Les papillons et les mouches et les abeilles commençaient à voleter sans peur. Un mulot avait surgi et s'était approché de ses genoux. Une chouette s'était posée sur une roche couverte de lichen jaune et ni l'un ni l'autre n'avaient ressenti de crainte ni de menace. C'était comme si elle n'était plus un être humain, comme si elle ne représentait plus, pour les autres êtres, le danger d'un être humain, ou d'un prédateur, ou d'un destructeur. Les odeurs s'avançaient jusqu'à elle, toutes reconnaissables, plus opulentes - de terre, de menthe, de noisetier, de fougère, de mousse.Peu à peu les lumières s'éteignaient, les couleurs ternissaient, le silence grandissait, le crépuscule l'atteignait, l'ombre l'enveloppait, la nuit descendait, elle devenait tout cela en même temps que cela se produisait.
Et elle était la nuit.
Ses yeux se fermaient."

Pascal Quignard est né en 1948 à Verneuil-sur-Avre. Il a enseigné à l’Université de Vincennes et à l’Ecole Pratique des Hautes Études en Sciences Sociales. Il a participé à la création du Festival d’opéra et de théâtre baroque de Versailles.  Il a appartenu au comité de lecture des Éditions Gallimard, dont il a été nommé secrétaire général en 1990. Depuis 1994, il se consacre uniquement à son travail d’écrivain. Il a composé de nombreux «petits traités» où la fiction est mêlée à la réflexion et qu’il a rassemblés dans une vingtaine de volumes (Les Petits Traités (Maeght), La Leçon de musique (Hachette), Le Nom sur le bout de la langue (P.O.L.), Le Sexe et l’effroi (Gallimard), La Haine de la musique, Calmann-Lévy.)Il a écrit huit romans, notamment Le Salon du Wurtemberg, Les Escaliers de Chambord, Tous les matins du monde.